BUCK 65
Nouvel album "Secret House Against The World"
Copie PDF
Mon nom est Rich et je pense que l'on peut dire que je suis le cerveau derrière le corps musical appelé Buck 65. Voilà l'histoire...
Mes souvenirs musicaux les plus lointains sont ceux de Woody Guthrie (bien que je ne fusse pas conscient qu'il s'agisse de Woody), Elvis, Johnny Cash, Charlie Daniels, Rickie Lee Jones, Creedence Clearwater Revival, l'église. Ensuite, je me souviens de mon cousin Bert m'enfermant dans une chambre plongée dans l'obscurité avec Black Sabbath et poussant le volume au maximum (cela arriva plus d'une fois). Puis j'ai découvert Kiss grâce à mon ami Shawn… nous devenions alors membres de la "Kiss army"… Ma chambre était un temple qui leur était dédié. Après cela, je me souviens avoir étudié la musique à l'école, dans la classe de M. Purdy. Je jouais du tuba. M. Purdy était un bon professeur et je pense avoir été un bon élève. Belle rencontre.
Un jour, j'étais sur une piste de roller skate à quelques kilomètres de chez moi, et j'ai entendu du hip-hop. J'ai eu une révélation.
J’allais souvent chez Bruce pour composer. Il jouait de la batterie et je rappais. Je m’inspirais des gens qui m’entouraient, et on enregistrait le tout sur un magnéto à cassettes. J'ai grandi dans une petite ville de Nova Scotia (Nouvelle Ecosse) appelé Mt. Uniacke. J'ai eu une enfance humble et joyeuse, mais effrayante en même temps. Une partie des gens que j’ai connu se sont mis à tuer où se sont suicidés. Après réflexion, je m’estime chanceux d'en être sorti intact. Ma passion pour le Baseball et mon intérêt pour les études m’ont sûrement permis de rester dans le droit chemin...
J'ai déménagé à Halifax pour aller à l'université (études de biologie) à une époque où la scène musicale commençait à s'y développer largement. Une poignée de groupes établis à Halifax furent signés par Sub Pop (qui était le label roi à cette époque) et un groupe appelé Sloan signa chez DGC ; c'était à peu près au moment de la mort de Kurt Cobain. Ils ont lancé leur propre label, et m’ont permis de faire connaître une partie de mon travail. Mon premier album sortit donc sous leur label (murderecords) en 1992. Avant ça, j'avais simplement fait circuler quelques cassettes par moi-même. Je faisais alors partie de la scène indie rock et c'était vraiment excitant.
Je fis un album appelé Vertex en 1996. Ce fut mon premier album à être entendu en dehors du Canada. Il contenait une reprise de Roxy Music et une des chansons, the Centaur, fit un peu parler d'elle. J'ai vendu presque toutes les copies de la première édition à un distributeur australien indépendant.
Après ça, j'ai le souvenir de commencer à me sentir un peu comme un clochard. J'étais plus que fauché, et je n'aimais pas vraiment ce qui se passait sur la scène musicale à cette époque, ni dans le hip-hop ni ailleurs. J'étais un peu désenchanté.
Ma mère est morte au même moment. J'étais prêt à tout abandonner. J'ai pris un boulot de vendeur dans une boutique qui vendait du porno, des cigarettes et de la crème glacée. Sans objectif, déprimé et ennuyé, j'ai fait un album qui était censé n’être entendu par personne Man Overboard . A cette époque, un petit label de San Francisco appelé Anticon qui se lançait m’a proposé de me produire. J'étais désespérément fauché. J’ai donc accepté bien qu'au final l'album n'ait jamais rapporté un centime. Mais quelque chose d’étonnant arriva : j’ai eu de bons échos sur l’album. Vincent Gallo l'entendit et me dit qu'il l'appréciait ; Radiohead l'entendit, ils aimèrent et en parlèrent. Cela amena des gens à s'intéresser à ma musique, moi y compris d'ailleurs. Ces attentions m’ont motivé. Je suis certain que j'aurais laissé tomber sans ces miracles.
Le buzz commença à monter et des labels vinrent frapper à ma porte. J’ai rapidement signé avec Warner, car je sentais que les meilleures personnes s'y trouvaient, même les gens les plus haut placés étaient de vrais fans de musique. Je me souviens d'une discussion avec l'homme qui est maintenant président de Warner Canada à propos de Flesh Eaters ! Je ne l’oublierai jamais ! Quelques années auparavant, j'avais commencé à travailler avec mon ami de Halifax, Charles Austin. Il faisait partie de la scène indie d'Halifax à son époque la plus glorieuse. Nous nous sommes bien trouvés, et je sentais que grâce à son investissement, mon inspiration renouvelée et l'intérêt croissant pour les albums anciens, mon "son" commençait à évoluer.
Je suis parti sur la route. J'ai quitté Halifax. Ce fut triste et difficile. Je n'ai jamais eu de vrai chez moi depuis. Je vis sur la route. Je me suis fait de nombreux amis et Buck 65 a évolué en quelque chose de bien plus grand que ma simple personne. J'écris les paroles, Charles et moi écrivons la musique ensemble. Charles, mon vieil ami Graeme et moi produisons les albums. Et toutes sortes de gens s'investissent maintenant dans ce qui ressemble plus à une famille d'écrivains, musiciens, cerveaux, artistes, organisateurs. Je ne peux vraiment pas prétendre à la responsabilité de l'ensemble maintenant. Par contre, je prends l’entière responsabilité des erreurs que je peux parfois commettre. J'ai une fâcheuse tendance à perdre patience, à m'énerver, à être trop excité. Je parle trop peut-être… mais j’essaie aujourd’hui de faire des efforts pour changer ça. Je me suis retrouvé dans une situation très délicate récemment quand un article est paru disant que je haïssais le hip-hop, les rappeurs et que tout le monde était stupide et que j'étais un salaud et...
Ca n’avait aucun sens. Je souhaiterais pouvoir dire que j'étais ivre ou drogué pendant l'interview mais ce n’était pas le cas. Ce n’est pas du tout mon genre.
J'ai commis une erreur de débutant… j’ai laissé un journaliste prendre ce qu'il voulait de moi. C'est à l'image d'une dispute avec une petite amie quand tu te laisses aller et que tu dis de folles conneries que tu ne penses pas une seconde, après tu pleures, puis tu as une réconciliation grandiose. Malheureusement, ce qui fut publié était plutôt : "Je te hais, je ne t'ai jamais aimé, tu es une amante pitoyable." Outrageant.Cette merde a blessé des gens et mon attaché de presse a tenté de venir à ma rescousse. J'ai pensé que ma carrière était finie. J’étais si inquiet que je n’ai pas dormi pendant deux mois. Je pense à présent avoir fait ce que je pouvais pour rattraper cette erreur. Maintenant le mal est fait, et nous continuons du mieux que nous pouvons. Le fait est que j'aime le hip-hop. J'ai plus de 15 000 albums de rap dans ma collection. Le hip-hop et moi, nous nous mécomprenons simplement parfois. Mais on s'aide et on s'apprend mutuellement. Un des problèmes semble provenir du fait que personne ne sait comment désigner ma musique, moi y compris. Certains vont l'apeller hip-hop, et cela en rend d'autres furieux. Cela ne ressemble pas à ce que Jay-Z fait par exemple. De toute façon, le hip-hop c'est un monde très diversifié si l'on y inclut des artistes de QBert à Anticon, Beyonce, ou encore Linkin Park. Avec cette façon de voir, on peut dire qu'il y a une place pour moi quelque part, mais beaucoup de gens n'ont pas une vision aussi large de cet univers. C'est d'accord. Je sais que je suis différent, et ça me convient. Je ne m’attends pas à vendre 10 millions d'albums (jusqu'à maintenant mon succès me choque, pour être honnête). Je ne me soucie pas tant que ça d'être connu. Je veux surtout faire de la musique et pouvoir en vivre. Mon plus grand succès serait de laisser une trace. Je mets tout ce que je connais dans les chansons que je fais. Toute la musique que j'écoute, tous les livres que je lis, tous les films que je vois, tous les gens que je rencontre, j’y mets toutes mes tripes. Je ne sais comment nommer ça et je m'en fiche. Certaines personnes parlent de se focaliser, ce qui est une jolie manière pour parler d'étroitesse d'esprit. Je ne peux me focaliser sur quelque chose plus de quelques minutes. J'ai encore besoin de mes Woody, Ozzy, et tous mes Johnny et mes Flash. Mon nouvel album raconte la même histoire.
Il y a des chansons sur des gens de ma ville natale, comme dans mes premières chansons, il y a plus de 20 ans de ça ! Il y a de nombreux sons différents. J'ai bénéficié de l'aide de beaucoup d'amis. Et j'y ai mis les débris que je ramasse pendant mes voyages. Des têtes d'alligator, des coeurs brisés, des bus et de jolis accidents. J'espère que vous aimerez, mais si vous n'aimez pas ce n’est pas grave. Voilà ce que je peux vous dire sur moi… Je suis sûr qu'il y aura d'autres bas et hauts à venir. J'attends les deux.
Prenez soin de vous.
Rich